Mardi 22 décembre 2009
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18:08
Bientôt le 25 décembre et bientôt 4 mois que je suis dans la communauté des frères du Likès comme postulant.
Mon arrivée ressemblait à un lapin posé à un rendez-vous : je suis arrivé un mardi matin, ma voiture remplie de cartons. Et pourtant,
comme j’avais fait le tri dans mes affaires ! J’ai jeté un peu, donné beaucoup à Emmaüs, entreposé chez ma mère. Ne restait que l’essentiel. Pour que je puisse m’installer définitivement, il
fallait qu’un frère quitte la communauté, et ce frère c’est François qui est parti au Corniguel, une autre communauté de Quimper. Sauf que le 25, lorsque j’arrive les bras chargés, François est
encore là, il n’a pas quitté sa chambre. Juste une soirée et il aura terminé de déménager tous les cartons de la chambre qu’il occupait depuis 7 ans. Ce n'est pas rien de quitter un
endroit, d'être contraint de le quitter. C'est le lot de tous les frères (ou presque) que de quitter régulièrement la communauté où ils vivent. Et pour François, assez impliqué dans le
soutien scolaire, c'est sans doute difficile. Je vais passer ma première nuit dans la chambre d’ami, la chambre de Colette. Elle s’appelle ainsi car la première personne à y avoir dormi c’est
Colette Nys-Mazure, une poétesse. La chambre est petite et surtout, je n’y suis que de passage. Finalement, le lendemain, je découvre une chambre assez grande avec un bureau et une bibliothèque,
un grand placard, une salle de bain avec douche et wc. Le confort suffisant. Et je vais avoir bientôt un bureau.
J’ai changé de vie, de statut aussi, d’image auprès des collègues de travail. Je suis quelqu’un qui vit avec des frères, je vis en permanence
au lycée, le soir et le jour. Je découvre beaucoup de cette vie du lycée, à commencer par celle de l’internat, peu à peu je me fais connaitre des jeunes, en particulier des surveillants, les
salariés mais aussi les surveillants élèves. Certains de mes élèves viennent me voir aussi dans mon bureau.
Souvent, on me dit que je vais devenir ceci ou cela, occuper telle ou telle fonction. Tu verras, quand tu seras DDE ou directeur, comme si
devenir frère impliquait pour moi de nouvelles fonctions en perspective. A la vérité, si j’ai envie d’occuper des fonctions de direction, ce n’est pas pour maintenant et j’ai davantage envie
d’aller vers les plus pauvres, en Amérique latine ou ailleurs. Comment leur dire que j’ai déjà envie de quitter le Likès et qu’en même temps j’ai envie d’y rester pour y faire des
expériences ? Je n’ose les contredire dans leur schéma de pensée et de toute façon le temps se chargera de le faire.
Du coté des élèves, comme des parents, ce qui est extraordinaire c’est que tout le monde le sait, que je suis à l’aise, que cela n’a posé
problème à personne. Je ne mesure pas bien ce que cela peut changer. Sans doute un coté catho ajouté à la perception du personnage. Quand je témoigne devant des jeunes de mon engagement, cela
m’arrive de temps en temps, je parle du sens de la vie, sans jugement, montrant que le sens de la vie c’est d’abord quelque chose de personnel que
l’on construit finalement au fil de la vie, influencé par les autres, au gré des rencontres. Le mien, c’est celui là : me mettre au service de Dieu, annoncer la Bonne Nouvelle de son Fils,
apporter une éducation chrétienne et humaine aux jeunes, enseigner et permettre aux jeunes qui m’entourent les moyens de se construire un avenir. On me questionne sur la vie de famille, les
enfants que je n’aurai pas, la liberté que je suis sensé perdre. Le choix du sacrifice, petit ou grand est toujours un peu difficile à partager. A l’approche de noël, combien aujourd’hui seraient
prêt à sacrifier un peu de leur gargantuesque repas pour le partager avec les pauvres qui grelottent dans la rue ?

Au quotidien, la vie chez les frères est assez agréable. Cela peut même devenir infantilisant tant les contraintes matérielles se sont
grandement estompées. Ces 4 derniers mois, j’ai surtout beaucoup travaillé, je ne trainais pas souvent le soir avec eux et regagnais ma chambre ou mon bureau. J’y vois beaucoup de
fraternité. De la tendresse aussi. C’est une vie où chacun respecte l’autre, où les différences, et il y en a beaucoup, sont respectées, ont toute leur place. Un espace de liberté alors que nous
sommes 8 à vivre ensemble. Même dans mon questionnement, car je me pose sincèrement la question de savoir si je vais devenir frère, je demeure libre, presque seul, libre d’interroger, observateur
et acteur d’une vie communautaire. Un élève me demandait si je ne risquais pas d’être manipulé ! Je lui ai répondu qu’en regardant la télévision, j’avais mille fois plus de risques d’être
manipulé et qu’avec les frères, je savais garder ma conscience pour moi. Cela est parfois frustrant d’être libre à ce point. Je construis la réponse à la question finalement seul, en toute
conscience, parfois me mettant à la pêche aux informations, celle concernant l’avenir de l’institut, ou celui d’un frère aujourd’hui.
Aujourd’hui je suis heureux d’être là, d’avoir la chance, dans une vie, de vivre en communauté, de me rapprocher de Jésus dans la prière,
d’être davantage au contact des jeunes, d’avoir une vision plus globale de ce que peut être une école en côtoyant les différents personnels qui la compose. Heureux aussi de grandir! Heureux de
continuer à être postulant.